INTERVIEW : Sylvie Vaissaire et Frédéric Lecoq chez U

Diriez vous que le marché évolue ? que les entreprises intègrent systématiquement la RSE dans leur politique ?

On constate ces derniers 18 mois une prise de conscience de l’ensemble du marché. Chacun à son rythme, avec ses moyens, définit ses orientations RSE. Néanmoins les priorisations sont parfois compliquées à définir face à des attentes sociétales et environnementales de plus en plus fortes et un contexte économique sous-tension. Les entreprises doivent donc conjuguer les paradoxes : maintenir les coûts tout en investissant sur le temps long.
En nous confrontant à une situation d’ampleur inédite, la crise sanitaire nous alerte sur d’autres crises qui menacent nos activités – réchauffement climatique, perte de biodiversité, problématiques de santé…- et que nous devons intégrer dans la vision à long terme de nos entreprises.
Si le « Made in France », le local ou la simplification des recettes sont souvent des points forts des PME, leur agilité, leur ouverture à l’innovation en font des partenaires moteurs sur des thématiques plus vastes telles que la réduction des plastiques dans les emballages ou la lutte contre la déforestation sur lesquelles distributeurs et industriels de l’agro-alimentaire se mobilisent résolument.

 

Qu’attendez vous d’une entreprise engagée RSE ?

Avant tout des convictions, seul gage de constance et de cohérence dans l’action et dans le temps. Nous pensons en effet qu’il est indispensable d’avoir des partis pris, ils évitent les politiques d’opportunité qui apportent très peu de cohérence à la stabilité des démarches et ne rassurent pas quant à la pérennité des engagements de l’entreprise.
Ces convictions nous les retrouvons régulièrement au sein des PME où l’ambition d’engagement social, sociétal et environnemental est bien souvent portée par le.la chef.fe d’entreprise qui a cette capacité à emmener ses collaborateurs sur une vision de long terme.
Si nous souhaitons collectivement limiter les impacts sociétaux et environnementaux dans la production, les chantiers à mener sont des actions à long terme. Une entreprise qui, à date, ne se serait pas questionnée sur son engagement global risque très rapidement de ne plus rentrer dans les standards du marché.
La RSE permet de doter la stratégie d’entreprise de bons caps ; ancrée dans des actions concrètes, elle sert sa compétitivité et son attractivité et elle nous paraît être totalement en cohérence avec les gènes de PME qui se construisent souvent à l’échelle d’une vie.

 

Quel niveau d’échange avez vous sur les sujets RSE avec vous avec vos PME ?

Depuis une petite dizaine d’année, nous constatons une évolution dans le partage avec nos PME partenaires de nos MDD. Nous avons fait le choix de relations à long terme, de renforcer notre transparence et acquis une confiance mutuelle plus efficace qui nous permet d’évoluer sur des chantiers responsables collectivement. Cette intelligence partagée fait évoluer le marché, nous croyons à une approche gagnant / gagnant et plus particulièrement sur ces sujets de transformations durables. En bousculant les lignes dès 2012 sur les substances controversées, nous avons accompagné nos partenaires PME sur ce sujets et, en cohérence avec les partis pris définis par l’enseigne U dernièrement, nous souhaitons avoir la même approche avec les sujets liés à l’économie circulaire ou l’empreinte carbone. Distributeurs, fournisseurs, nous devons également tous nous mobiliser pour mieux maîtriser les impacts sociaux et environnementaux de nos chaines d’approvisionnement. Si nous privilégions l’échange et la co-construction dans ces dossiers complexes, nous serons comme vous amenés à déployer des politiques d’achats responsables plus ambitieuses. Nous ne manquerons pas d’organiser des rencontres de partage sur ces thématiques et sommes à l’écoute de synergie novatrice.

 

Constatez vous une évolution des demandes clients ?

La crise sanitaire remet brutalement la question du pouvoir d’achat au cœur des préoccupations d’une grande partie des français pour les mois à venir. Pour autant, beaucoup de consommateurs, de citoyens, se questionnent sur le sens et la raison d’être de leur consommation, sans pour autant renier sa dimension plaisir. Nous assistons à une émergence de consommateurs plus responsables, certes, mais souhaitant rester maîtres de leurs choix. En tant que distributeurs nous avons comme mission de proposer une offre qui réponde à cette demande tout en conservant un positionnement économique qui corresponde au cœur de marché. Nous avons collectivement toute une pédagogie à mener autour de nos clients : le produit responsable au juste prix.

 

Comment se traduit votre engagement RSE dans votre relation avec les PME ?

Près de 80% de nos fournisseurs français de produits sont des PME. Nous sommes conscients que la taille de notre organisation peut rendre complexe nos relations avec l’univers des PME. Aussi nous nous efforçons de faciliter nos relations avec celles-ci. Depuis 2015, notre collaboration avec la FEEF est formalisée dans une charte d’engagements FEEF/U. Cette charte a été reconduite en 2019 pour 3 ans. Ces engagements réciproques visent à construire ensemble un cadre privilégié de collaboration commerciale durable. Un Associé administrateur du Groupement U est missionné pour assurer les éventuels besoins de médiation dans la mise en œuvre de ces principes.
Fin 2019, en préparation des négociations commerciales 2020, cet accord s’est enrichi de nouveaux engagements (accompagnement particulier des filières à forte volatilité des matières premières, conclusion anticipée des négociations commerciales avec les PME au 31/12/2019…). Et durant la crise sanitaire, afin de soutenir les TPE et PME françaises (CA de moins de 50 M€), partenaires indéfectibles de notre Coopérative et dont la trésorerie est mise à mal par la pandémie, U Enseigne s’est engagée à régler au comptant les factures de ces
fournisseurs.
Commercialement, l’offre issue des PME+ est mise en avant dans nos tracts grâce à l’apposition du logo, la démarches est expliquée sur notre site de vente Courses U et des mises en avant sont orchestrées au niveau des magasins ou lors de tracts dédiés.
Nos chefs de produits restent à l’écoute des difficultés qui pourraient être rencontrées dans le développement des gammes et apprécient rencontrer les adhérents de la FEEF lors des salons et table-rondes que nous organisons chaque année tant sur les PGC que sur le non alimentaire.

 

Sylvie Vaissaire
Directrice Qualité, Sécurité, Sociétal et Environnement chez U

Frédéric Lecoq
Directeur Filière PGC chez U  

 

 

Pour aller plus loin :

 

L’ebook des PME+

 

 

 

S’abonner à la newsletter PME+