Quel rôle des PME dans la « transition climatique » ?

Quel rôle des PME dans la « transition climatique » ?

Entretien avec Nathalie FORNEZZO, Consultante, Conseil, Audit Qualité & RSE.

 

Comment une PME peut-elle agir à son niveau sur les enjeux climatiques ? Quels sont les principaux leviers ?

La production alimentaire est responsable de 30% des émissions mondiales de GES*. Le GIEC a publié son nouveau rapport le 28 février. « Les preuves scientifiques sont sans équivoque : le changement climatique est une menace pour le bien-être humain et la santé de la planète. Tout retard supplémentaire dans une action mondiale concertée sera une occasion manquée pour assurer un avenir vivable« , a confirmé le coprésident du Groupe de travail II du GIEC. 

 

Quelles actions nos PME peuvent-elles mettre en place pour réduire cet impact Climat ?

Je dirai que l’entreprise doit d’abord agir sur son cœur de métier c’est à dire sur l’empreinte environnementale des produits qu’elle fabrique, on parle d’éco conception. Et pour cela, elle doit acquérir de la connaissance sur l’Analyse de Cycle de Vie de ses produits. Il s’agit de mesurer l’impact environnemental d’un produit sur l’ensemble de sa vie: de la production de la matière première (agricole), sa transformation sur son site de transformation, le transport… jusqu’à la gestion de sa fin de vie (recyclabilité de l’emballage par exemple).

Il existe toujours une variable en fonction de l’activité de la PME, les enjeux climatiques sont différents entre un fabricant de boisson et un producteur de plats cuisinés. La part de l’emballage dans le 1er cas est beaucoup plus impactante que dans le second. La réduction de la part de matière carnée dans le second sera déterminante pour améliorer l’empreinte environnementale du produit.

Parmi les autres leviers, communs à toutes les PME, on peut citer la réduction de consommation de toutes les formes d’énergie, changer parfois la nature de ces énergies (contrat d’énergie verte), la réduction des emballages ou le choix d’emballage recyclables, le transport où il s’agit de limiter les km et de trouver d’autres voies d’approvisionnement que la route, la mobilité des salariés, le tri des déchets. Le meilleur des déchets est celui que l’on ne produit pas, la lutte contre le gaspillage est un enjeu majeur en agroalimentaire.

Par ailleurs, les émissions indirectes représentent une partie non négligeable de l’impact environnemental, quelle que soit sa nature. Sourcer des matières locales ou encore augmenter la part de l’alimentation animale produite en local (pour réduire la déforestation importée), peut avoir un impact très positif sur l’empreinte environnementale d’un produit par exemple.

 

Quelles sont les clés de réussite pour aborder ce sujet ? Par qui se faire accompagner ?

La connaissance conduit à la prise de conscience, la prise de conscience à la responsabilisation et à l’action.

Tout d’abord, « connaitre ses enjeux climatiques » et « être en capacité de les chiffrer » sont les meilleurs moyens d’adresser les actions prioritaires, celles qui auront le plus d’impact sur la réduction des émissions de GES. La mesure de ces émissions est une action clé pour toutes les PME qui souhaitent mieux comprendre leur impact et apporter de réels changements pour l’environnement.

Des partenaires mettent à disposition de guides et d’outils qui visent à aider les entreprises de toute taille à mesurer et réduire leurs émissions. On peut citer des institutionnels comme l’ADEME, des ONG telle que WWF (Pôle Climat PME), la Feef met également à disposition une liste de prestataires.

Une fois les enjeux identifiés, le travers de certaines entreprises est de s’éparpiller sur les différents sujets et elles risquent alors de ne pas avancer très rapidement. D’où l’importance de piloter la démarche avec de la méthode et avec une équipe et/ou un référent interne.

En effet, il me parait important de faire participer le plus grand nombre, à commencer par nos parties prenantes internes, nos salariés, certains sujets sont très fédérateurs en interne comme la lutte contre le gaspillage. On obtient de bons résultats aussi sur le tri des déchets, la mobilité douce (promotion du covoiturage)…

Connaitre et maitriser le sujet permet également à chaque grande fonction de l’entreprise d’apporter sa contribution : le service Achat (approvisionnement local), la R&D en formulant des recettes moins impactantes, le Marketing en communicant sur les enjeux bien maitrisés, la logistique (mutualisation des transports), la production (en limitant les consommations d’énergie), le service RH en mobilisant le personnel autour de certaines thématiques…. Certaines montées en compétences peuvent être nécessaires pour comprendre ses nouveaux enjeux dans chaque métier.

 

Intégrer une stratégie « transition climatique » permet-elle de faire émerger des opportunités business ?

Face aux différentes crises que nous traversons, l’économie a besoin d’agilité et d’ancrage territorial. Les PME possèdent ces atouts.

Les attentes sociétales changent, nous les écoutons. Les préférences des clients et consommateurs s’orientent vers des produits et services plus durables. Ces attentes nous conduisent à des innovations. Pour exemple, nous pouvons observer toutes les avancées récentes concernant les matières et les technologies d’emballage.

Cette transition climatique permet aussi d’anticiper la règlementation à venir et notamment la vente en vrac, l’affichage environnemental type Planet ‘score… Connaitre aujourd’hui l’empreinte environnemental de nos produits permet de mettre en œuvre des actions pour la réduire dès maintenant. A l’image du Nutriscore, le jour où il s’agira de l’afficher, nous obtiendrons un meilleur score que nos concurrents.

 

*GES : Gaz à Effet de Serre

 

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