L’éco-conception vue par un éco-designer, Frédéric Cadet

Rencontre avec Frédéric Cadet qui dirige l’agence Ecodesign :

Est-ce que l’éco-conception exclut certains matériaux ?
FC : Non, la prise en compte du cycle de vie du produit,  pour le calcul de son impact négatif sur l’environnement n’exclut pas de matériaux spécifiques. Par contre et bien au contraire, cela nous demande de ré-interroger et bouger tous les paradigmes et usages « conventionnels ». Les matériaux portent des signes, donnent du sens à un objet, un packaging ou dans une architecture. Leur identification comme matériaux de ré-emploi, de recyclage ou renouvelable témoigne lorsque est compris ou expliqué, d’une posture, d’un discours sur les préoccupations de la personne qui l’y a placé. Pour certains usages, il est malvenu de placer un matériau qui n’aurait pas l’aspect hygiénique ou comporterai des défauts.
Dans mes interventions en sémiologie, pour les matériaux recyclés ou bio-sourcés, je profite d’exemples de matériaux ou de constructions en terre crue pour expliquer que ce matériau n’est pas durable car non renouvelable (plus de 500 ans avant d’avoir de la terre crue constructible) mais qu’il peut-être utilisé partiellement pour ses qualités décoratives par strates et signifiantes comme une carotte d’analyse historique d’un sol.

Où en est la recherche de nouveaux matériaux ?
FC : Nous travaillons et découvrons à chaque projet packaging de nouvelles matières et les industriels simplifient de plus en plus les « complexages » de matériaux vers de plus en plus de mono matière. L’objectif étant de mieux identifier les matières pour faciliter le recyclage.
Toutefois, les usages et habitudes ont la peau dure. Faire évoluer les industriels vers de nouvelles matières ou de nouveaux process, cela reste un sport qui de notre côté est très énergivore !

Que pensez-vous du terme « biodégradable » ?
FC : Ambigu, certes… mais surtout très galvaudé ! comme recyclable… beaucoup de matériaux sont recyclables, mais existe t’il une filière d’identification du matériau ? Et après, une filière de ré-utilisation ? Et à quel prix ?
Avec toutes ces incertitudes, le biodégradable, l’oxo biodégradable, le bio-compostable, le bio-matériau, les bio-sourcés …à mettre de la vie partout, ça grouille tellement qu’on ne sait plus comment lire les définitions.

Que pensez-vous du 100% recyclable ?
FC : Les chaines de recyclage ont leur limite… passé 5 ré-utilisation, la fibre de papier n’est plus bonne qu’en carton gris ou au mieux en charge dans une pulpe neuve.
Nous avons des métaux radioactifs qui arrivent des filières de recyclage… les polluants toxiques comme les retardateurs de flamme dans certains autres…
Le 100% recyclable n’est pas un objectif mais un axe de recherche…

Le Réemploi ou compostable sont des solutions d’avenir ?
FC : Bien sûr ! mais au milieu de nombreuses autres solutions !

Des exemples : Terre Adélice le pot 500ml créé en 2009, innovation Européenne, que nous allons encore améliorer dans les mois qui viennent.
FROUI (les vergers de Gally), emballage individuel compostable pour des fruits secs.
La Maison de la Glace avec sa nouvelle gamme des 4 saveurs que nous allons bientôt sortir sur le marché.

 

 

Quels sont les défis essentiels pour vous ?
FC : Changer les usages, les méthodes à papa… et inventer l’industrie agroalimentaire de demain pour un future Durable et Désirable. Jouer sur tous les tableaux, tous les leviers pour faire en sorte que le plaisir reste le moteur de nos choix et que nous puissions encore choisir plutôt que subir.

 

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